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Plastiques : le poison systémique que nous ne voulons plus ignorer

  • Le Havre Zéro Déchet
  • 25 mars
  • 4 min de lecture

Restitution du cycle FMSH x Fondation Tara Océan — Conférence du 17 mars 2026


Le Havre Zéro Déchet était présent à la première conférence du cycle « Plastiques : un poison systémique », organisé par la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH) en partenariat avec la Fondation Tara Océan. Une rencontre essentielle pour comprendre ce qui se joue réellement derrière la crise plastique — loin des slogans marketing, et bien plus profondément que la question des « déchets ».


Animée par Aurélie Luneau et introduite par Henri Bourgeois Costa, expert en pollution plastique, la conférence brosse un tableau implacable :-  les plastiques structurent notre économie, nos comportements, nos systèmes sociaux…- mais ce modèle nous mène droit dans une crise environnementale, sanitaire et éthique majeure.


Voici ce qu’il faut en retenir.


Un constat qui dépasse (largement) l’océan


Depuis la découverte du « 7ème continent de plastique » dans le Pacifique en 1997, les sciences ont progressé. On sait désormais que :


  • tous les fleuves européens étudiés par Tara sont massivement contaminés en microplastiques ;

  • les plus petits fragments (0,025–0,5 mm) sont jusqu’à 1000 fois plus nombreux ;

  • les nanoplastiques (<100 nm) pénètrent les cellules et perturbent les organismes vivants ;

  • les sols sont encore plus contaminés que l’océan, un sujet longtemps ignoré.

Les impacts écologiques ne sont plus seulement visibles : ils sont intimes, cellulaires, et affectent déjà les plantes (certaines solanacées pourraient ne plus faire de fruits).


Le plastique ne s’est pas imposé : on nous l’a imposé


C’est l’un des points forts rappelés par H. Bourgeois Costa :“le plastique n’a répondu à aucun besoin humain réel. Il a été massivement promu pour offrir de nouveaux débouchés aux industriels du pétrole et de la chimie.”


Exemple emblématique :Dans les années 90, Coca-Cola lance la campagne « No deposit, no return » pour enterrer la consigne. Le message ?« Buvez… et jetez ! »


Cette transformation artificielle du marché a façonné nos manières de manger, de consommer, de vivre. Le plastique a même contribué à faire disparaître le temps social du repas, remplacé par les barquettes et les écrans.


Un matériau tout sauf neutre


On nous parle encore de matière « miracle »… Pourtant :


  • le plastique représente 4 % des émissions mondiales de CO₂, et pourrait atteindre 15 % en 2050 ;

  • seuls un tiers des 16 000 additifs chimiques utilisés ont été évalués ;

  • parmi eux, 75 % posent problème ;

  • les effets cocktails, cumulés, chroniques sont ignorés par la réglementation actuelle.


Les additifs (antioxydants, retardateurs de flamme, phtalates…) migrent dans l’air, l’eau, les aliments et… nos corps. Les pays producteurs en paient le prix fort : dans les zones d’assemblage électronique (notamment en Chine, au Vietnam et en Inde) ainsi qu’à proximité des industries chimiques et de plasturgie, on observe une hausse préoccupante des cancers et des leucémies. Ces pathologies sont également plus fréquentes autour des usines d’assemblage électronique, des sites de recyclage du plastique et des centres de production de la fast fashion, où les populations et les travailleurs sont fortement exposés aux substances toxiques.


Recycler ? Le mythe confortable


L’idée selon laquelle « le problème, c’est qu’on recycle mal » est démontée.


  • Le plastique ne se recycle pas, il se dégrade : après 4 à 5 cycles, il n’a plus aucune performance.

  • Les plastiques recyclés concentrent tous les polluants accumulés et deviennent hautement toxiques.

  • Exemple parlant : le polystyrène des pots de yaourt (97 % du marché) n’est pas recyclable, seulement « décyclé » en objets de faible valeur.


Les plastiques biosourcés ou biodégradables ?Beaucoup d’illusions là aussi :-  concurrence avec les surfaces agricoles- biodégradation très partielle, dépendante du milieu- additifs toujours présents


Une production qui explose… et une crise mondiale qui s’annonce


Quelques chiffres vertigineux :


  • 460 millions de tonnes de plastique produites en 2019

  • 353 millions de tonnes de déchets générés

  • 9 % réellement recyclés

  • Production multipliée par 2 entre 2000 et 2019

  • Et annoncée x3 d’ici 2060 si rien n’est fait


Selon les scientifiques, il faudrait réduire la production mondiale de 75 % pour respecter les accords de Paris.


L’argument de la « nécessité » : un héritage, pas une fatalité


Le secteur hospitalier est souvent présenté comme dépendant du plastique. Mais cette « nécessité » est le résultat d’un modèle optimisé pour le jetable, pas pour la santé humaine.

Exemple :Les poches de perfusion en plastique contiennent des phtalates, dont les soignants eux-mêmes redoutent les effets.


La question devient alors :

  • voulons-nous remplacer du personnel humain par du plastique toxique ?

  • ou repenser nos systèmes de soin dans une logique de durabilité et de sécurité sanitaire ?


Un enjeu mondial, mais aussi local : la Normandie en ligne de mire


La Normandie est une région clé pour la pétrochimie et la production de plastiques.La fermeture progressive des vapocraqueurs Exxon et peut-être Total crée une tension économique forte : ce contexte favorise les projets « miracles » comme les usines de recyclage chimique (ex : Eastman).


Mais ces technologies :


  • consomment énormément d’énergie,

  • génèrent des solvants toxiques,

  • traitent des plastiques très contaminés,

  • ne prouvent aucune efficacité réelle dans les pays où elles sont déjà testées.


Les investissements chancellent d’ailleurs : plusieurs projets sont déjà en suspens faute de viabilité économique. Ils n’apportent par ailleurs aucun bénéfice nouveau dans le pays.


Que faire ? Agir collectivement, pas individuellement


Le message final de la Fondation Tara est clair :


Les gestes individuels sont utiles … mais insuffisants.

Les leviers les plus puissants sont :


  • la mobilisation citoyenne,

  • l’action collective,

  • la pression politique,

  • la remise en question des modèles industriels.


Les Nations Unies avancent vers un traité mondial juridiquement contraignant, couvrant toute la chaîne de valeur du plastique. C’est historique — mais la bataille ne fait que commencer.


Et nous, au Havre ?


Pour une région en pleine transition industrielle, le défi est immense : accompagner les travailleurs, proposer d’autres modèles économiques, garantir la justice sociale tout en protégeant la santé publique.


Le Havre Zéro Déchet continuera à :- informer,- mobiliser,- proposer des alternatives,- défendre une transition juste.


Parce que la pollution plastique n’est pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques.Et les choix, on peut les changer.


Ces schémas des 17 Objectifs de Développement Durable, montre bien que l'économie et la société dépendent entièrement de la santé de notre environnement (le socle sur lequel tout repose). On comprend mieux l'interdépendance de chaque couche : si l'industrie plastique (économie) pollue les eaux (environnement) cela finit par créer des crises sanitaires et des cancers (société) ce qui finit par coûter très cher à l'économie et fragilise tout l'édifice.
Ces schémas des 17 Objectifs de Développement Durable, montre bien que l'économie et la société dépendent entièrement de la santé de notre environnement (le socle sur lequel tout repose). On comprend mieux l'interdépendance de chaque couche : si l'industrie plastique (économie) pollue les eaux (environnement) cela finit par créer des crises sanitaires et des cancers (société) ce qui finit par coûter très cher à l'économie et fragilise tout l'édifice.

 
 
 

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