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De la brique textile au mur d’exception : rencontre avec Clarisse Merlet, fondatrice de FabBRICK®

  • Le Havre Zéro Déchet
  • 15 févr.
  • 4 min de lecture

Vendredi 6 février dernier, nous avons eu la chance de rencontrer Clarisse Merlet, fondatrice de FabBRICK®, une entreprise parisienne qui transforme les textiles usagés en briques de revêtement mural esthétiques, durables et innovantes.


À l’échelle mondiale, l’industrie textile est l’une des plus polluantes : elle représente environ 10 % des émissions mondiales de CO₂, et des millions de tonnes de vêtements sont jetées chaque année, dont une grande partie finit enfouie ou incinérée. C’est dans ce contexte que FabBRICK® prend tout son sens : transformer un flux massif de matière inutilisée en ressource architecturale désirable.


Une rencontre inspirante avec une entrepreneure lucide, engagée et déterminée à conjuguer design, performance et impact environnemental.


Une idée née d’un prototype


L’histoire commence en 2016. Clarisse fabrique le tout premier prototype de sa désormais célèbre brique textile. Elle remporte le concours Faune et expose à cette occasion 1 600 briques, un premier signal fort de l’intérêt suscité par son innovation.


En janvier 2019, elle dépose le nom FabBRICK® et ouvre officiellement sa société. Sa première commande ? Le magasin Jules, client historique encore aujourd’hui. À l’époque, elle produit 15 000 briques seule, dans le sous-sol de chez ses parents.


Un démarrage audacieux, porté par une vision claire : faire du textile recyclé un matériau de décoration à part entière.


Paris, les showrooms et la montée en puissance


Convaincue que la visibilité passe par la capitale, Clarisse s’installe à Paris. Elle ouvre un atelier de 400 m² et constitue une équipe de 12 personnes.


Mais un défi majeur apparaît rapidement : produire davantage, sans quoi les entreprises se tournent vers d’autres matériaux.


Le secteur est atypique. Il demande une vraie lucidité sur les ressources et leur utilisation. Clarisse s’intéresse particulièrement à la low-tech et aux filières complètes, avec la volonté de rendre hommage à des projets vertueux.


Industrialiser sans perdre l’âme du projet


Pour répondre aux enjeux de production, Arthur, ingénieur mécanique, rejoint l’aventure. Sa mission :

  • améliorer les techniques mécaniques

  • rendre la production plus standardisée

  • diminuer la pénibilité humaine

  • augmenter le rendement


Aujourd’hui, l’objectif est clair : augmenter la production : 

  • 200 briques/jour en 2024

  • 330 briques/jour aujourd’hui

  • 600 briques/jour visées en 2026


Une remise en question nécessaire


En 2023, l’entreprise traverse une période complexe. À force d’accepter toutes les commandes et de multiplier les interviews, Clarisse s’éloigne du sur-mesure qui faisait la force de FabBRICK®.


Le chiffre d’affaires chute de 420 000 € à 230 000 €.


Les clients expriment un regret : la brique est perçue uniquement comme décorative.

Cette période marque un tournant. En 2024, Clarisse reprend le pilotage commercial et décide de se recentrer sur le cœur du projet : la brique.


Un matériau aux performances étonnantes


FabBRICK® conçoit des briques de revêtement mural à propriété esthétique et isolante.


Chaque brique est composée de :

  • 79 % de vêtements broyés

  • 11 % de liants noté A+ au test COV, eux-mêmes constitués de deux minéraux et d’un composant biosourcé

  • un retardateur naturel de feu


Tous les textiles sont broyés en amont — boutons et fermetures inclus.

Une brique représente 150 g de déchets textiles secs.


Quelques chiffres marquants :

  • 10 tonnes de vêtements broyés par an

  • 84 tonnes depuis le lancement

  • une durée de vie estimée à 50 ans, selon l’environnement (humidité, passage, usage)


FabBRICK ne produit que sur commande, sans stock.


Du “déchet textile” au matériau premium


Un apprentissage marketing important a marqué l’évolution de l’entreprise : les clients avaient du mal à accepter qu’un matériau issu du “déchet textile” puisse être positionné sur le haut de gamme.


Clarisse a donc ajusté son discours. Résultat : les ventes décollent.


Aujourd’hui :

  • une brique coûte entre 5/6 € et 8 € selon les textiles (4/5 € pour les coloris standards)

  • un mur en FabBRICK® coûte entre 250 € et 400 € du m²


La vocation reste claire : positionner FabBRICK® sur une vision décorative luxueuse.

La construction ? Peut-être dans dix ans, via une agence de design. Pour l’instant, l’ADN reste décoratif, avec une forte dimension R&D en perspective.


Des projets d’exception


Parmi ses plus grandes fiertés :

  • Collaborer avec des marques de luxe

  • Réaliser son plus grand mur : 15 mètres de long, soit environ 3 000 briques

  • Continuer à travailler avec Jules, notamment via des briques conçues à partir de jeans

  • En 2025, créer les vitrines de Chaumet, à partir de leurs anciens uniformes renouvelés chaque année


Expérimenter sans cesse


Clarisse Merlet ne cesse de tester de nouveaux matériaux :

  • billets de banque

  • laine de mouton

  • sacs

  • chaussures


Toujours avec la même ambition : transformer l’existant en ressource.


Une vision claire pour l’avenir


FabBRICK® évolue dans un secteur encore émergent, entre design, écologie et industrie.

Clarisse avance avec lucidité : produire plus, mais mieux.


Valoriser la matière sans la réduire à son statut de déchet.

Allier esthétisme, performance thermique et impact environnemental.


Son parcours illustre parfaitement la tension entre artisanat et industrialisation, entre engagement et rentabilité.


Et surtout, il prouve qu’un matériau issu du textile peut devenir un objet architectural désirable, capable de traverser les décennies.


Une brique à la fois.


Lien vers le site : clique ici



 
 
 

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